lundi 20 septembre 2021

La citadelle d'Ajaccio

 

La citadelle d'Ajaccio

La citadelle n'est plus confidentielle !


Tout vient à point à qui sait attendre ! eh bien, il aura fallu attendre plus de 500 ans pour que la citadelle d'Ajaccio, nommée Miolis, ouvre ses portes au public. 

Édifiée à partir de 1492, elle a toujours été occupée mais jamais accessible au commun des mortels. Devenue propriété de la ville en 2019, depuis juillet 2021, elle accueille toute personne voulant se mettre bien frais pour lui dévoiler ses secrets d’histoire ...







Brrr ... Vous êtes prêts pour une visite ? 

Pour les quelques ajacciens présents, c’est un mythe devenu réalité. Qu'y-a-il derrière ces portes ? un chien à 5 têtes ? un club de nuit privé ? des lingots d'or ? un tunnel menant à Palneca ?

L'imagination galope car la citadelle était inaccessible à la population civile, « sauf à de rares occasions comme les journées du patrimoine, mais il fallait montrer patte blanche », souligne Pierre-André, guide de l'Office du Tourisme d'Ajaccio. Patte blanche ... c'est un indice ? : un ours polaire ? le chat de Gisèle ? une célébrité des années 80 ?

Hormis deux ânes et deux chèvres (n'y voyez aucune similitude avec des personnages connus...), chargés jusqu’en 2019 de tondre (toujours pas ...) la pelouse dans les fossés, la citadelle d’Ajaccio, contrairement à celles de Calvi et Bonifacio, n’est pas habitée. « A l’époque, il s’agissait d’un lieu de garnison», rappelle Pierre-André.

Ceci-dit, direction « la place aux deux puits ». Entouré de platanes, le lieu est vaste, calme.
Comme son nom l’indique, à l’époque, il permettait de se ravitailler en eau.

Passe-Partout, enfin Pierre-André, trousseau de clés à la main, nous fait passer devant des palissades couvertes d'informations et de photos, puis derrière ces palissades ... A nous les secrets de cette citadelle construite fin du XVe siècle.

Tels des aventuriers, nous allumons les lampes torches de nos téléphones (ça fait moins d'effet que les torches de Koh-Lanta mais c'est plus efficace) lorsque le dédale est trop sombre ou étroit pour découvrir les recoins de ce point stratégique, autrefois dénommé « Punta della Leccia ». « Les génois ont choisi de s’installer à Ajaccio car il s’agit d’un point idéal sur la côte entre Calvi et Bonifacio », souligne Pierre-André. D’autant qu’à l’époque, ce promontoire rocheux était entouré par la mer, le maquis et surtout, était loin des marécages.

 

Pas vraiment la vie de château ...

Parmi les bâtiments encore debout : les plus vieilles bâtisses d’Ajaccio. « Imaginez un peu ! Nous nous tenons donc face à la première maison qui a composé Ajaccio ! ».  Si le bâtiment n’est pas imposant, il s’agit tout de même de l’ancienne tour de l’étendard et …du château.

Pas question ici du château de Versailles ou des châteaux de la Loire. Oubliés fastes et lustres flamboyants, banquets gargantuesques et bouffons du roi ... « U castellu » était un site stratégique et défensif, à partir duquel la ville s’est développée. Aujourd’hui, en consultant les plans d’Ajaccio, il est ainsi possible de voir les plus anciennes rues de la ville, dont la rue Bonaparte, relier directement la ville au château.

Autre étape historique de la visite : la cellule de Fred Scamaroni.
Considéré comme le Jean Moulin corse, il avait pour mission d’unifier les forces de la résistance pour libérer la Corse.

Traqué et capturé par la police politique fasciste l’Ovra, pour ne pas parler, il se suicide dans sa cellule le 9 mars 1943.

Sommairement composé d’une planche en bois et de quelques feuilles mortes par terre, le lieu n’est pas référencé parmi les adresses où dormir en Corse.

 

Derrière les pierres, la mer

A nouveau munis de nos lampes torches, direction les souterrains. « Seulement ceux qui sont facilement accessibles », précise Pierre-André. Sinon, il faudrait dévaler des marches pentues et peu sécurisées. Eh oui, Pierre-André doit veiller à ramener le même nombre de personnes à l'entrée ...

Les bruits de pas résonnent sur les pavés. L’air est frais, loin du soleil qui nous accompagnait au début de la visite. Sur le sol, là où à l’époque étaient stockés les vivres, s’amoncelle de la terre non pas déposée par des taupes mais les archéologues lors de leurs recherches.

Plus un bruit, il est temps de tendre l’oreille ou de monter le son pour Mamie. Les vagues claquent contre les murs en pierre de la citadelle. « Juste derrière ce mur », précise Pierre-André.

La visite se termine en apothéose avec la vue époustouflante sur la mer depuis les remparts, seulement aperçus dans l’émission télévisée « La Carte au Trésor », c’est un vrai cadeau de pouvoir y accéder !

D’un côté, une vue imprenable sur le golfe d’Ajaccio et notamment la tour de Capitello permettant de se prémunir d’une potentielle invasion. De l’autre, les îles sanguinaires et le soleil qui commence à décliner.

Ce panorama imprenable est encore plus impressionnant lorsqu’on s’imagine quelques siècles plus tôt, avec canons et autres armes à feu, à guetter l’envahisseur.

 

Vous aimez les chiffres, en voici ! :

  • 30 avril 1492 : date à laquelle la première pierre de la citadelle a été posée sous l’autorité de l’Office Génois de Saint-Georges
  • 1553 : date à laquelle la citadelle est agrandie lors de l’arrivée des troupes françaises et de Sampiero Corso
  • 1559 : date à laquelle la citadelle est séparée du reste de la ville par des fortifications.
  • 6 : nombre de bastions qui composaient la citadelle en 1559
  • 60 : nombre de soldats présents dans la citadelle à l’époque génoise
  • 800 : nombre de militaires français présents au cours du XVIIIe siècle
  • 180 : nombre de militaires présents dans la citadelle au début des années 2000 avant que le monument ne soit vidée pour raisons économiques en 2010.

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